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CHARTER, le petit génie d'un attrape-bouillon

 

CLASSE AUX MONUMENTS HISTORIQUES DEPUIS 1989 CE JUMBO ART NOUVEAU FÊTE SES 120 ANS CETTE ANNEE. DANS SON JUS, SON FOLKLORE ET SES PLATS

Est-ce bien raisonnable de courir encore du côté de chez Chartier ? A quel motif ? Sous quel prétexte ? Repiquer a l'énorme decor surgi des boulevards 1900 ?
J'y ai, à chaque fois, le sentiment que Courteline va me passer la moutarde... S'enfoncer profond dans cette file d'attente qui en a fait la legende ? Se faire secouer par un service, passé maitre à bateler l'abattage ? S'amuser de ses voisins d'un jour, comme joués au bonneteau ? Bourgeoisie, province, troisieme age, classe touristes, seconde division bobos, famille pour tous ? Se demander si l'assiette en vaut la peine, alors même que la n'a jamais été vraiment la question ? S'agacer du Bouillon ? Nostalgiser l'émotion ? Ces derniers temps, ne pas trop chercher plus avant que les obligeances de circonstance. Chartier fête ses 120 ans de 365 jours par an. L'excuse est donc toute trouvée

GRÉVIN À TABLE. Tant qu'a s'y frotter, autant le faire dans la vérité des lieux. Prenez donc un samedi midi, bien pressé des énergies de faubourg et des vitrines de Noël. A 13 heures, la petite foule s'y entend déjà à enfler, lanternant son improbable appétit. Après dix minutes qui en font vingt, passage en salle. Et la salle, classée, Belle Epoque, toute pleine de meubles à tiroirs, de plafonds hauts, de colonnades, de mémoire et de miroirs. C'est le Musée Grévin qui passe à table et personne pour s'en plaindre. En une petite demi-heure de déjeuner, ma voisine de coudée, Espagnole enchantée de l'aubaine, n'en peut plus de dégainer son portable. Le menu, la mezzanine, le plafond, le poireaux vinaigrette, l'addition chiffrée sur la nappe. Là ou d'autres se contentent encore, ici, de bâfrer facile, elle, s'enchante de l'intrigue. Après tout, Aragon fit de même pour ses Beaux Quartiers, Fernandel pour sa Félicie et Jean Pierre Jeunet pour son Long Dimanche de fiançailles

FANTASME PANAME. Allez on s'y colle ! Un, deux, trois plats parmi la rallonge d'un programme convoquant le fantasme Paname. Sont venus, sont tous là : museau vinaigrette, céleri rémoulade, crevettes mayo, poulet frites, steak haché poivre, choucroute alsace, baba au rhum, ananas frais, pêche Melba. Sûr que si Chartier passait à l'Education nationale, il fixerait Clovis, Jeanne d'Arc, Voltaire, Jaurès. A l'usage, avouons que cela s'avale comme un roman national. Ni mieux, ni pire. Dans la cour de l'immeuble, vécut et mourut Lautréamont. II n'y a là pas loin d'une aubaine car, à bien y songer et a poursuivre dans la veine surréaliste, Chartier, depuis plus d'un siècle, est fidèle a ce refrain « La piece était elle ou non drôle / Moi si j'y tenais mal mon rôle / C'était de n'y comprendre rien »

MAIS ENCORE

LE SERVICE. Une troupe qui connaît son boulevard par coeur. Costardée en rondin (gilet noir multipoche et long tablier blanc), cabotine et rodée à la mecanique, capable surtout de porter dix assiettes à chaque bras et de vous sortir un amant du placard.
LE PUBLIC. Hors la jeunesse désormais moins présente, de toutes classes, de toutes gueules. Aux prochaines présidentielles, les sondeurs seraient bien inspirés d'y trouver leur terrain de jeu
EST-CE CHER ? Avec un demi siècle d'avance, s'avouer que Chartier a matricé le fast food à la parisienne. Env 15-25 €,plus que jadis mais moins que les voisins
FAUT-IL Y ALLER ? 120 ans qu'on vous le dit, faites un effort

Bouillon Chartier 7, rue du Faubourg Montmartre (IX')
Tél 0147708629 TLJ
Metro Grands Boulevards

Emmanuel Rubin - Figaroscope - 30 novembre 2016

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